Analyse | Immigration : le succès de Donald Trump n’est pas celui qu’on pense
Tom Homan veut accélérer le rythme d’expulsion des sans-papiers. Ce message de fermeté sert aussi à dissuader ceux qui voudraient entrer. Et si ça fonctionnait? Une dizaine de vastes tentes blanches ont été installées en janvier à Ciudad Juarez, pas trop loin de la ville frontalière américaine d’El Paso. Ces abris temporaires y ont été aménagés en prévision d’une vague d’expulsions anticipée avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump. Le hic, c'est qu’aucune marée humaine n’a submergé Ciudad Juarez, au Mexique. À ce poste frontalier, les expulsions se poursuivent au même rythme qu’avant : environ une centaine chaque jour. Il faut dire que l’objectif du président américain était ambitieux avec un million de départs par an. Lors du premier mois de son mandat, les agents du United States Immigration and Customs Enforcement (les services frontaliers des États-Unis, ICE), chargés de faire respecter les règles migratoires sur le sol américain, auraient expulsé plus de 37 000 personnes, selon Reuters. Si ce nombre est confirmé par les autorités, il correspondrait à environ 1200 expulsions par jour. C’est beaucoup, mais c’est loin de permettre d’atteindre le million promis. Et c’est loin des records d’expulsions enregistrés sous Barack Obama. Des tentes ont été montées pour accueillir des migrants refoulés par les États-Unis à Ciudad Juarez, dans l'État de Chihuahua, au Mexique. Photo : Getty Images / Agence France-Presse / HERIKA MARTINEZ L’administration Trump avait promis de cibler d’abord les criminels. Toutefois, le « tsar des frontières » confirme que les agents arrêtent tous les sans-papiers qu’ils trouvent. Même s’ils ne sont pas considérés comme étant dangereux, explique Tom Homan, Les rafles des premières semaines ont été très médiatisées. Des journalistes et des personnalités ont été invités à suivre les agents de l'ICE dans leurs opérations. Les images étaient parfois spectaculaires : des agents lourdement armés aux portes de domiciles. La Maison-Blanche a fait circuler les photos des visages des criminels expulsés. Là où vivent et travaillent des sans-papiers, l’ambiance était à la peur. Des commerces étaient soudainement beaucoup moins fréquentés; des élèves et des employés manquaient à l’appel. Beaucoup ont choisi de rester à la maison. S’ils n’ouvrent pas la porte, des agents sans mandat ne peuvent pas les arrêter pour les expulser. Ce travail lent nécessite beaucoup de personnel. Et ceux qui sont détenus peuvent en appeler de l’ordre d’expulsion devant des tribunaux de l’immigration déjà débordés. Une arrestation ne veut pas automatiquement dire un renvoi. Expulsion de migrants illégaux par des agents du service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis. Photo prise à Fort Bliss, au Texas, le 23 janvier 2025. Photo : Getty Images / Sgt. Nicholas J.De La Pena\U.S. Department of Defense Pour augmenter sa force de frappe, l'administration Trump a demandé l’aide d’employés de différentes agences fédérales. Même les agents du fisc (IRS) ont été sollicités! Et même si le nombre d'arrestations doublait, il faudrait trouver l’espace pour détenir toutes ces personnes. Autant dire qu’il n’est pas facile d'expulser beaucoup de gens en peu de temps. Dernier obstacle, et de taille : mais où envoyer les sans-papiers? Certains pays, comme la Chine et l’Afghanistan, n’acceptent pas les vols de rapatriement de leurs concitoyens. Le Mexique, le Panama et d’autres pays ont accepté d'accueillir des gens d’autres nationalités. D’autres encore ont été envoyés à Guantanamo, sur l'île de Cuba, où des tentes ont été installées. Ces images d’arrestations (parfois musclées) ainsi que celles de vols d’expulsion pénibles (des sans-papiers menottés) constituent aussi une sorte de propagande pour des publics précis. Les sans-papiers déjà aux États-Unis seront peut-être réceptifs au sévère avertissement de la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem. Ce que l’administration Trump souhaite, dans ce cas, c’est que ces gens quittent le pays d'eux-mêmes, Les Américains, surtout ceux qui ont voté républicain, sont aussi un public ciblé par ces images fortes. Ils y verront probablement une preuve de fermeté de la part de leur gouvernement. Le message passe bien, à en croire les commentaires sur les réseaux sociaux. Le Ce public est la troisième cible des images d’expulsions diffusées par Washington, reprises et relayées dans les réseaux informels de gens qui cherchent à entrer aux États-Unis. L’effet semble être semblable à ce qui s’est produit pendant les premiers mois du mandat initial de Donald Trump. On observe en effet une chute marquée du nombre d'entrées irrégulières pour demander l’asile. Peu importe si ce mouvement à la baisse avait débuté il y a plusieurs mois déjà, sous Joe Biden. La présence de Donald Trump a probablement accéléré les choses. Une odeur d’huile à moteur flotte dans ce refuge pour migrants bien particulier. Il est installé dans un garage en banlieue de Mexico. Des dizaines de lits superposés sont entassés dans une vaste pièce. Il y a deux toilettes, deux douches et une cuisine. Et il y a de la place pour 120 personnes. Un tournevis paré des couleurs du drapeau américain est posé sur le sol du garage d'Armando Vilchis, qui fait office de refuge pour des migrants qui souhaitent se rendre aux États-Unis. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron Armando Vilchis a accueilli ses premiers migrants il y a 14 ans maintenant. Proprio de ce garage, il est bien placé pour voir les changements sur les routes migratoires vers le Nord. Ces chemins sont moins fréquentés depuis quelques semaines. Le même constat est fait un peu partout en Amérique centrale, passage obligé pour des milliers de sans-papiers. Le journaliste de l’émission de radio Tout terrain Yanik Dumont Baron se trouve en banlieue de Mexico, au Mexique. Il a fait un arrêt dans un garage où il a parlé à des migrants qui y trouvent un endroit sécuritaire pour dormir un peu plus sur leurs deux oreilles. Au menu : discussion au sujet de Donald Trump. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron Pour ceux qui se rendent jusqu’à la frontière américaine, les voies légales sont presque toutes fermées. Il reste la coûteuse option d’employer un passeur pour entrer clandestinement. De plus, les autorités mexicaines ont renforcé leur surveillance des points de passage des migrants. Pour eux, c’est devenu difficile de se déplacer vers la frontière américaine. Cependant, le refuge d’Armando Vilchis n’est pas vide pour autant. Personne ici ne parle de rentrer à la maison, comme ces Cubains découragés récemment retournés dans leur île. Des migrants en route pour les États-Unis peuvent séjourner au second étage du garage, qui comprend une petite cuisine et tout le nécessaire pour y demeurer, le temps d'un moment de répit. Photo : Radio-Canada / Yanik Dumont Baron Idelmas a entrepris des démarches pour légaliser sa situation afin de placer les deux enfants du groupe à l’école mexicaine. Elle espère obtenir un permis de travail, l’occasion d’améliorer son sort. Toutefois, elle ne parle pas de s’installer au Mexique de manière permanente. Elle rêve encore des États-Unis et de ses dollars. Pour l’instant, du moins. Le Mexique est donc un arrêt sur leur chemin. Idalmes se dit prête à patienter longtemps. La plus grande opération d'expulsion de l'histoire des États-Unis
, promettait Donald Trump.
ils viennent aussi
en détention.Pourquoi ça ne peut être ni rapide ni massif

Choc visuel dissuasif
Partez maintenant! Sinon [...], on vous expulsera et vous ne reviendrez jamais.
s’auto-expulsent
. C’est plus simple et plus rapide. Et ça coûte moins cher.Les années de chaos [à la frontière sous la présidence de Joe Biden] laissent place au silence
, a titré un site Internet pro-Trump.silence
en question, c’est une chute très importante du nombre d'appréhensions de migrants par des agents frontaliers américains. Ces gens venaient surtout demander l’asile.Qu’est-ce qu’une personne peut contre le président Trump?


Il a détruit la migration
, lance le vieil homme, entouré d’une dizaine de migrants. C’est un homme méchant, égoïste
, crache-t-il en parlant de Donald Trump.
Il faut se résigner, il faut accepter
, explique Idalmes, les yeux humides. Le groupe de migrants avec lequel elle voyage a décidé de rester au Mexique plutôt que de rentrer au pays.Le temps qu’il faudra
, lance-t-elle. Que peut une seule personne contre le président Trump?
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